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Violences à Air France : comment en arriver là !

Décryptage sur les mécanismes qui ont abouti à une telle flambée de violence de la part des employés de la compagnie aérienne. 
 
Envois massifs par mail et sur les réseaux sociaux d’une vidéo sur le thème « Air France pour vous ». Lettre du président auprès de sa clientèle précisant que «ces violences ne reflètent ni la réalité ni l'ambition» de la compagnie. Publications effrénées de témoignages pro domo sur twitter… Malgré tous leurs effort, les communicants d’Air France auront le plus grand mal à effacer les images chocs ancrées dans l’esprit de millions de téléspectateurs, témoins en direct des violences qui ont interrompu lundi 5 octobre le comité central de cette entreprise.

Certes ces débordements auront eu le mérite de ramener les partenaires sociaux, et notamment le SNPL (syndicat de pilotes majoritaire à Air France) à la table des négociations. Mais à quel prix ! Une image de marque durablement entachée pour la principale compagnie aérienne nationale. Une profession RH française traumatisée à la vue, sur tous les écrans de télé, d’un de leur collègue molesté. Sans compter le message déplorable sur le modèle social français envoyé aux investisseurs du monde entier.

Découvrez le décryptage de cette flambée de violence  pour essayer de comprendre comment l’entreprise qui voulait  « Faire du ciel, le plus bel endroit de la terre », a pu en arriver là.

Quelle a été votre première réaction lorsque vous avez découvert à la télévision les images des deux cadres, torse-nus et chemises arrachées, en train de fuir les manifestants ?

: Ce fut la stupéfaction. Comment un groupe aussi bien structuré qu’Air France d’un côté, n’a pas anticipé une telle situation ? Comment de l’autre, les salariés d’une entreprise dans le secteur plutôt privilégié du transport aéronautique en arrivent à de telles extrémités

Avez-vous, en tant que négociateur au GIGN, déjà vécu de telles situations ?

 : Non. Car lorsque nous arrivons pour négocier, la situation est déjà stabilisée. De plus lorsque l’on fait appel à nos services, les dispositifs mis en place sont très lourds, ce qui nous affranchis de telles dérives. On ne peut cependant pas empêcher tous les problèmes, mais le travail en amont est très précieux.

D’après vous, quels ont été les éléments déclencheurs de cette violence ?

 : Il faut tout d’abord dissocier l’aspect négociation de l’opérationnel. Vu de l’extérieur, on a l’impression que suite au blocage des négociations par le syndicat des pilotes, la direction a mis l’ensemble des salariés au pied du mur : vous avez refusé le plan A, alors voici les conséquences du plan B. Pilotes comme personnel au sol ont eu l’impression de ne pas être entendus. Il ne semble pas qu’il s’agisse d’une violence instruite. Mais d’un phénomène de foule. Et dans de telles situations, il y a dilution de la conscience individuelle dans une folie collective qui se révèle extrêmement difficile à contrôler et à endiguer dans la mesure où elle ne répond à plus aucune règle rationnelle. Dans ces conditions, sans l’intervention des vigiles et cette opportunité de fuite, la situation de ces deux dirigeants, cristallisant toute la haine d’une foule dont l’avenir est en jeu, aurait très bien pu tourner au drame

Comment aurait-il été préférable de procéder dans cette phase de négociation ?

Vincent François : Dans ce type de situation, il est indispensable d’associer toutes les parties prenantes directement au niveau de la stratégie de négociation afin de les responsabiliser à cette démarche, et ses conséquences. Et non pas de les mettre devant le fait accompli. Il aurait ainsi été préférable de laisser passer un peu du temps entre l’annonce de l’abandon du plan A, et  l’énonciation du plan B. De pas fermer toutes les issues avant d’être persuadé que toutes les possibilités de négociation « hors table » ont été épuisées. Il s’agit d’un travail en amont destiné à faciliter les négociations informelles entre la direction et les dirigeants syndicaux : lobbying, échanges informels autour de la machine à café…. Tout en énonçant clairement que tout acte de violence, rendra la discussion caduque.

Des erreurs on-t-elles également été commises sur le plan opérationnel ?

 : Comme les risques de débordement n’ont pas été anticipés, le dispositif mis en place n’était pas adapté. Mais surtout la problématique sûreté n’a pas été abordée de manière globale, et intégrée au processus de négociation. Il aurait fallu, à chaque étape de celle-ci, se poser la question de « que peut-il arriver », « qu’est-ce que l’on fait », « pourquoi », et « comment ». Une telle démarche aurait pu éviter certaines erreurs. Notamment en termes de choix du lieu. Il est évident que le siège de l’entreprise avec sa multitude d’entrées dont un grand nombre de collaborateurs disposent d’un badge d’accès, se révélerait très difficile à sécuriser. Le choix d’un établissement plus « neutre » pour la tenue du comité central d’entreprise aurait favorisé la mise en place de dispositifs cohérents et opérationnels de sécurité : procédures et parcours d’exfiltration des dirigeants, mis en place de sas destinés à ralentir la progression des manifestants dans le bâtiment, répartition des missions entre agents de sécurité privée et forces de l’ordre…

Quelles sont d’après vous les raisons de telles défaillances de la part d’une société de transport aérien qui devrait être à la pointe des problématiques de sûreté ?

: Malgré ses compétences, le directeur sécurité d’une entreprise dispose encore de trop peu de moyen pour se faire entendre auprès de sa direction sur des problématiques de conflits sociaux. De plus, lui-même partie-prenante dans la gestion du conflit, il aura du mal à anticiper et évaluer de manière objective les risques liés aux comportements de collaborateurs qu’il côtoie au quotidien. Il s’avère donc indispensable dans ce type de situation de faire appel à une expertise extérieure capable d’accompagner la direction générale dans la gestion d’une crise dès le début des négociations. De mener une réflexion sur des dispositifs de sûreté associant agents privés et forces publiques. Mais surtout d’oser dire les choses ! A ce titre, je trouve surprenant qu’après de tels évènements, nous ayons entendu les réactions des politiques, des syndicats et des collaborateurs, et même l’avis de l’ensemble des français recueilli sous forme d’un sondage… Jamais la voix de Frédéric Gagey, Président d’Air France. 

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